Internet : plus d’argent pour Bakchich
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Le site internet d’information Bakchich.info, créé il y a bientôt trois ans n’a toujours pas réussi à trouver un modèle économique stable qui lui permettrait de se pérenniser sur la toile. La situation est devenue si précaire que Nicolas Beau, son directeur, a envisagé à plusieurs reprises un dépôt de bilan du site d’ « informations, enquêtes et mauvais esprit ». Revenu dans la course au scoop grâce à des fonds privés versés à sa trésorerie, Bakchich n’en a cependant pas fini avec les fins de mois difficiles.
« Je ne sais pas si on va passer le weekend. Tout va se jouer ce midi, je déjeune avec un homme d’affaires belge. On saura, alors, si on sera toujours là lundi ». Nicolas Beau se faisait du souci vendredi dernier, un peu avant l’heure d’aller casser la croûte. Si sa gestuelle et son attitude ne trahissaient pas la gravité de la situation, l’heure était critique. Bakchich essayait tout bonnement de sauver sa peau.
15 000 euros de pertes par mois
Avec 45 000 euros de dépenses pour 30 000 euros de revenus nets par mois, la santé du site internet satirique n’est pas reluisante. Catastrophique même. Avec 200 000 euros en moins dans la caisse chaque année, pas facile de tenir très longtemps le rythme quand on est une petite start-up de l’info sur le web. Malgré ce constat pessimiste sur les finances et l’avenir du site, Nicolas Beau gardait tout de même un brin de confiance. « On est pourtant pas loin de l’équilibre, on peut y arriver », glisse l’ex-journaliste du Canard Enchaîné, avant de dévoiler sa stratégie financière.
Les sites internet d’information pure sont peu nombreux sur la toile, et comme ses homologues de Rue89 ou Médiapart, Bakchich n’attire pas les investisseurs. Malgré une régie publicitaire montée en commun avec Agoravox et la présence de quelques « Google Ads », le low cost de la publicité sur le net, le site au mauvais esprit revendiqué cherche toujours un moyen de se maintenir à flot.
1,2 million d’euros de dons et mécénat
Si la pub ne marche pas, il faut se tourner vers les fonds privés. « On a récolté 1,2 million d’euros jusqu’à présent grâce aux dons et au mécénat », assure Nicolas Beau qui a lui-même investi 100 000 euros de sa poche, ses indemnités de licenciement du Canard. Les bienfaiteurs sont peu nombreux. Il y a tout d’abord Xavier Niel, le patron d’Iliad, la maison mère du fournisseur d’accès à Internet Free. Avec 300 000 euros, il est le premier actionnaire. Les autres sont des hommes d’affaires. Tunisien, marocain, belge et un patron d’hôtel. Tous approchés par le carnet d’adresses de Nicolas Beau.
Mais cela ne suffit pas. « On voudrait s’adosser à un grand groupe industriel ou un portail d’information. Lagardère a investi 40 millions d’euros dans Le Monde.fr par exemple », se justifie le rédacteur en chef du site. En manque d’investisseurs, Bakchich a du trouver d’autres méthodes limiter la casse. Une des solutions : sous-payer le personnel. Les dix journalistes du site touchent entre 1 200 et 1 500 euros par mois et 2 200 pour Nicolas Beau. Une façon d’économiser un peu.
Une partie du site payante
L’autre technique consiste à rendre payant une partie du contenu du site. Pas à la manière du « tout payant » de Mediapart, qui, d’après Nicolas Beau, « va à l’encontre de la culture de la gratuité du web ». Bakchich a développé une catégorie de « Confidentiels », des petites brèves accessibles uniquement sur abonnement ou au coût modique d’un euro l’unité. « On se fait 7 à 8 000 euros par mois avec les confidentiels. Ce sont surtout les grands groupes industriels qui s’y sont abonnés comme L’Oréal, Bouygues, et même le Quai d’Orsay », plaisante l’ancien du Monde. En payant, on retrouve aussi un best of de la semaine accessible en format PDF. « Ça commence à bien marcher. On n’y est pas encore, mais on est sur la bonne voie », se persuade-t-il. Avec 400 000 visiteurs uniques par mois, le pari n’est pas si loin d’être gagné.
En attendant, le jour de l’équilibre financier, Bakchich continue à exister grâce à de nouveaux dons. Des idées pour le futur, Nicolas Beau en regorge. « On va aller vers la mise à disposition de contenus ». Vendre du contenu à d’autres médias, comme une agence de presse en quelque sorte. Un accord a déjà été signé avec Siné Hebdo et Le Télégramme de Brest en attendant d’autres partenariats. « Le mieux ce serait de pouvoir mettre du contenu sur les portails comme Orange ou Free. Mais Niel ne veut pas de nous sur Free, on doit être trop corrosifs », explique Nicolas Beau. Une touche corrosive qui rend Bakchich intéressant mais paradoxalement peu rentable.





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