Mandela Djiré est un enseignant malien de 31 ans de l’université Paris 8. Détenteur d’une thèse en anthropologie, il est aussi étudiant en deuxième année de Master à Créteil. Il a reçu le 4 mars une Obligation à Quitter le Territoire Français (OQTF), applicable au 19 mars 2010.

C’est un choc pour cet homme, qui, depuis plus de dix ans, étudie et enseigne en France. Lorsqu’on lui demande ce qu’il pense de cette situation, Mandela Djiré nous répond sans ambages : « En 2010, il y a des pratiques que l’on ne doit plus voir ! Je ne suis pas un voyou ! J’estime qu’après avoir passé plus de dix ans dans un pays où l’on a fait de longues études, on est parfaitement intégré ! »

Mais ce n’est pas tout: Mandela Djiré ne pourrait pas vivre décemment au Mali : « Je suis membre fondateur d’un syndicat étudiant à la base de la chute de la dictature, et qui a soutenu le président actuel, élu en 2007. Ces implications dans la politique de mon pays m’empêcheront de trouver du travail: je suis trop marqué, trop actif politiquement. Vous savez, il y a de nombreuses manières d’affamer quelqu’un… Je dis ce que je pense et c’est pour cela que l’on ne m’aime pas trop. On m’a dit : si tu retournes au Mali, tu vas terminer comme un clochard, » nous explique t-il.

C’est un véritable sentiment d’injustice qui s’empare de l’enseignant qui se considère comme Français, et donc parfaitement intégré : « Mes grands-parents étaient militaires, et ont combattu pour la France. Je crois aux valeurs de la République, la France m’a donné beaucoup de choses, mais ça n’enlève rien au fait que je suis Africain. Je ne suis pas un assisté, je ne touche ni RMI, ni Assedic, je gagne juste suffisamment de quoi vivre. Et c’est dans le mélange que l’on bâtit les nations les plus prospères, il faut cultiver les différences. »

Alors, pourquoi vouloir expulser un homme n’ayant rien à prouver ? La préfecture de Seine-Saint-Denis estime que Mandela n’est pas financièrement stable. Pour être naturalisé, il faudrait qu’il obtienne un contrat de travail à durée indéterminée. Or, sa carte de séjour étudiant ne lui permet que de travailler 20 heures par semaine, ce qui est insuffisant pour prétendre à un CDI. C’est un rasoir à double tranchant.

C’est en réponse à cette injustice, que de nombreux étudiants de l’université Paris 8 ainsi que la direction de la faculté se réunissent, pour réclamer la fin de l’Obligation à Quitter le Territoire Français dont est frappé l’étudiant de Créteil. Différentes activités rythment la mobilisation. Organisation de goûters à prix libre, création d’un blog de soutien, manifestations et une pétition qui a d’ores et déjà recueilli prés de 2500 signatures pour que l’enseignant puisse, comme il le dit lui même, « poursuivre un rêve [qu'il] commence à concrétiser ».

Le jeudi 8 avril, Radio Contrepoint a interviewé Mandela Djiré. Vous pouvez trouver le podcast de l’émission ici.

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