Eric Besson, secrétaire d’Etat au Développement de l’économie numérique, a présenté en début d’année son Plan numérique 2012. Au total, 154 mesures ont été élaborées pour que la France rattrape son retard en matière de numérique. Au sein de ce projet, neuf dispositions sont exclusivement consacrées aux universités. Au programme, campus virtuels, formations en ligne, et bibliothèques numériques.

En 2006, une université sur cinq ne disposait pas de réseau sans fil Internet selon le ministère de l’Enseignement supérieur. La priorité du gouvernement est d’étendre la couverture wifi des campus d’ici 2012, en particulier dans les universités retenues pour l’opération Campus. Cette disposition suppose que les étudiants soient tous équipés en ordinateurs portables… Ce qui est loin d’être le cas. Selon le rapport rendu cette année par Henri Isaac, ils n’étaient que 30 % en novembre 2007. Et l’accès aux ordinateurs dans les salles informatiques est encore aujourd’hui limité, malgré les progrès réalisés.

Des salles de cours aux campus virtuels

L’action principale de Plan numérique est de « développer les services numériques pour tous les étudiants, enseignants-chercheurs et personnels des universités ». Pour cela, il est prévu d’achever le déploiement des campus virtuels qui donnent accès aux services de base de l’université comme l’inscription en ligne, le bureau virtuel, les informations sur l’orientation et l’accès aux ressources pédagogiques.

Dans chaque faculté, ces sites web mettront également à la disposition des étudiants des ressources pédagogiques, cours, plans, banques d’exercices… Même les élections étudiantes pourraient devenir électroniques ce qui sonnerait le glas du vote à main levée lors des assemblées générales.

Selon le projet, il serait donc possible d’accéder chez soi à tous les documents pédagogiques en format numérique. Les cours seraient ainsi enregistrés, filmés, et mis en ligne. Il sera possible de les télécharger en podcasts, ou en Vidéo à la Demande (VOD). Les cours sont déjà disponibles en podcasts dans plusieurs universités fer de lance, comme Louis Pasteur à Strasbourg. Il s’agit maintenant d’étendre ces mesures à la France entière.

“100 % des documents pédagogiques pour 100 % des étudiants“.

Pouvoir réécouter un cours mal compris ou s’entraîner avec des exercices en ligne serait un avantage non négligeable pour mieux réussir ses examens. L’accès à ces documents gratuits permettrait d’éviter l’achat de polycopiés ou de livres hors de prix. Par ailleurs, la diffusion de cours et de conférences sur Internet pourrait concourir, selon le gouvernement, à la promotion de la culture et de la langue française.

Mais qui s’occupera de cette mise en ligne de documents et de cours ? Si ce sont les professeurs, ceux-ci devront être mis à niveau. Une formation aux Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Education (TICE) est prévue pour enseignants-chercheurs. Selon Marcel Spector, directeur stratégie de l’UMVF (Université médicale virtuelle francophone), « l’université n’est pas prête pour le numérique ». Pour lui, « les étudiants sont « natifs » du numérique, pas les professeurs, qui doivent s’adapter mais ne sont pas toujours formés ou efficaces. Ce choc culturel a deux conséquences : soit les profs sont réticents, soit ils produisent des « essais-erreurs » ». Cette formation pourrait remédier à ces difficultés. Mais à quel prix ? La mise en place d’un vrai outil pédagogique parallèle numérisé coûte cher : plateforme technique, équipement, logiciels et formations. Pour l’instant, la question reste sans réponse.

Si ce projet parvenait à être réalisé, ce serait un bon moyen pour les étudiants salariés de concilier études et travail. Une bibliothèque numérique pourrait voir le jour, leur permettant de consulter revues, livres, ou articles depuis chez soi. Ce campus virtuel serait un complément utile pour ceux qui suivent les cours. A condition de ne rester qu’un complément et de ne pas remplacer les cours en amphis. Car l’université doit être avant tout un lieu d’échange et de rencontre avec les professeurs et les autres étudiants.

Ce plan numérique est présenté comme « la solution » aux difficultés de l’université française. Mais le véritable problème de l’université reste le manque de moyens. Entre les mesures annoncées et les réalisations, les différences peuvent être importantes. Et quand les caisses sont vides, les grands Plans risquent souvent de ne rester que des projets.

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