Les enseignants -chercheurs de Paris III ont opté pour une grève dite active lors de la première assemblée générale (AG) du mouvement de contestation universitaire actuel. Lundi 9 janvier, des professeurs ont enseigné… sur le parvis d’un centre commercial à Paris.

Pour faire grève et agir, certains professeurs ont décidé de donner des cours alternatifs « hors cadre », afin d’exercer leur métier tout en faisant parler de leur mouvement en dehors de l’Université.

L’université la Sorbonne-Nouvelle est en grève depuis environ deux semaines. En grève « active ». Se déclarant grévistes, les uns continuent à faire cours pour ne pas pénaliser les étudiants, pendant que les autres jugent paradoxale et inutile cette méthode, préférant stopper les enseignements pour plus d’impact et surtout « pour éviter que le mot « grève » soit vidé de sa substance ». Mais cette querelle ne divise les universitaires que sur la forme à adopter. Car sur le fond, l’unanimité demeure : ils restent en majorité fermement opposés à la réforme de leur statut et à la masterisation qui découlent de la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU), les réformes contestées.
Pour dépasser le clivage formel, une idée a germé lors de l’AG des enseignants-chercheurs du 3 février dernier : donner des cours publics hors des murs de la fac. Déjà vendredi 6 février, six enseignants-chercheurs en études ibériques ont proposé des cours à la gare d’Austerlitz (13e). Et ce lundi, la latiniste à l’origine de l’initiative et une collègue anthropologue ont enseigné sur le parvis du centre commercial Italie 2 (13e). Quel symbole plus fort de la marchandisation du savoir, crainte de la sphère universitaire, que des cours donnés à l’entrée d’un tel lieu de consommation ? L’un portait sur la prise de pouvoir par Auguste, l’autre sur la mise en mots et en images du travail. Des thèmes certainement pas anodins, mais traités avec la rigueur scientifique propre au travail de l’enseignant-chercheur.

Les étudiants étaient au rendez-vous, nombreux malgré une météo défavorable, ainsi que d’autres universitaires venus apporter leur soutien. Ceux qui passaient par le centre commercial, dans le but d’acheter un vêtement ou un CD ont pu observer l’improbable scène, le plus souvent sans s’arrêter, mais jamais sans s’étonner. « Mais pourquoi ces profs font-ils cours ici ? ». Susciter cette interrogation était sans doute le but principal de l’action, car qui dit questionnement dit désir de réponses et réflexions. Ce qui est d’ailleurs le principe de la recherche.
Dès leur retour, les « profs de la rue » ont rejoint leurs homologues pour la fin d’une nouvelle AG. Alors qu’ils débattaient une fois de plus sur la notion de grève active, ils ont appelés les professeurs et étudiants à suivre et renouveler cette action. Applaudissements dans l’amphithéâtre. Doit-on en déduire que les cours alternatifs « hors les murs » vont se multiplier les jours à venir ?

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