Le conflit israélo-palestinien ne laisse pas insensible les étudiants et universitaires français et européens. Le réseau universitaire Faculty For Israeli Palestinian Peace – France (FFIPP-France) en témoigne : en effet, le réseau a pour but de former des étudiants et universitaires français et européens aux enjeux du conflit afin qu’ils puissent plus tard à leur tour s’investir dans la recherche d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. Contrepoint a rencontré Bruno Marot, président de FFIPP-France.
Quand est-ce que FFIPP s’est créé ? Quelle est l’origine de l’association ?
FFIPP est un réseau universitaire international qui s’est créé à la fin des années 1990 en Amérique du Nord. Il a été créé par des universitaires en réponse au « rêve brisé » du processus d’Oslo, pour former les étudiants à la question du conflit israélo-palestinien. Leur objectif était de montrer qu’une paix juste et durable était possible.
Créé en 2007 à l’initiative de sept étudiants, FFIPP-France compte aujourd’hui vingt-cinq membres actifs dans l’Hexagone, répartis en majorité entre Paris et nos deux antennes régionales à Bordeaux et Grenoble. Nous travaillons aussi avec d’autres membres et partenaires dans plusieurs pays d’Europe (Italie, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni,…) en plus de l’étroite collaboration que nous entretenons avec FFIPP-International essentiellement basé aux Etats-Unis, en Israël et dans les territoires palestiniens.
L’objectif du réseau est de former les étudiants, les professeurs, les chercheurs et les politiques aux enjeux du conflit afin qu’ils puissent s’investir à leur tour de manière pertinente dans la recherche d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. La grille de lecture et le référentiel sur lesquels nous nous appuyons sont strictement basés sur le droit international et les résolutions de l’ONU concernant le conflit. Ainsi, nous appelons à la création d’un État palestinien sur les frontières de 1967 ayant pour capitale Jérusalem-Est, au démantèlement de l’ensemble des colonies et du mur de séparation construit en Cisjordanie, et à la reconnaissance et au règlement équitable de la question des réfugiés de 1948. En échange, nous demandons la reconnaissance multilatérale de l’État d’Israël, et de sa sécurité, par l’ensemble des pays de la Ligue arabe.
Pourquoi êtes-vous particulièrement sensible à ce conflit ?
Le conflit israélo-palestinien est un point chaud, un conflit global et structurant qui a des conséquences dans de nombreuses régions à travers le monde. Par ailleurs, en tant que « citoyens du monde », nous ne pouvons qu’être sensibles aux défis des droits de l’homme et de la démocratie qui existent plus largement au Moyen-Orient. Dans cette perspective, la communauté universitaire possède alors un vrai rôle pour faire évoluer, pour travailler autour des idées reçues, des clichés ou des perceptions erronées qui entourent souvent les réalités de ce conflit. Nous sommes face à un conflit politique, à forte connotation territoriale, que certains extrémistes de tous horizons veulent importer sur les terrains culturels ou religieux. Il faut dire les choses clairement, le conflit entre Israéliens et Palestiniens n’est ni un conflit entre juifs et musulmans, ni le front d’un « choc des civilisations ».
Quelles sont les prochaines actions concrètes de FFIPP-France prévues pour cette année ?
FFIPP-France va organiser deux tournées de conférence en mars 2009 qui seront consacrées aux enjeux de l’eau, de l’environnement, et du développement durable dans le conflit ; et au rôle de la micro-finance dans le passage d’une économie d’assistanat, largement subventionnée par l’Union Européenne, à une économie viable dans la perspective de la création du futur État palestinien. Avec ce même format, deux tournées avaient rencontré un vif succès l’an passé avec des conférences organisées sur de nombreux campus en France (Paris, Bordeaux, Grenoble, Toulouse, Mulhouse,…) et en Europe (Belgique, Pays-Bas). L’un de nos principaux conférenciers avait alors été le Pr. Jeff Halper, anthropologue israélo-américain et nominé pour le prix Nobel de la Paix il y a quelques années.
Par ailleurs, FFIPP-France propose aux étudiants d’effectuer des stages en tant que bénévoles au sein d’organisations et d’institutions partenaires israéliennes et palestiniennes (ONG, instituts de recherche,…) ou internationales (UNESCO, ONU,…). Proposant à la fois des « stages de découverte » de cinq semaines et des stages de plus longue durée pour les Master 2, l’objectif est d’offrir aux étudiants l’opportunité de découvrir une situation géopolitique complexe et d’obtenir une expérience professionnelle dans leur domaine d’étude.
Chaque programme de stage comprend une semaine d’orientation en début de séjour incluant des rencontres avec des acteurs clés des sociétés civiles israéliennes et palestiniennes (journalistes, militants, ONG,…) et des visites en Israël et dans les Territoires palestiniens (camps de réfugiés, colonies,…). De plus, FFIPP-International assure l’encadrement des étudiants avec des coordinateurs locaux et internationaux durant l’ensemble des programmes.
Afin que les impératifs financiers ne puissent empêcher des étudiants de mener cette expérience hors du commun, FFIPP-France assure aussi les frais de logement sur l’ensemble des séjours et prend en charge intégralement les frais de la semaine d’orientation.
Nous sommes soutenus par le Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement (CCFD) pour l’ensemble de ces programmes et de ces projets.
Avec la guerre de Gaza, le conflit israélo-palestinien est assez médiatisé ces derniers temps ; avez-vous mené des actions visibles ?
Nous n’avons pas été particulièrement visibles auprès du grand public ces dernières semaines car notre travail est plutôt un travail de fond à moyen et long terme. Malgré tout, nous dénonçons l’ensemble des violences, incluant bien sûr les roquettes qui s’abattent sur le sud d’Israël, et nous condamnons fermement l’attaque militaire israélienne et les exactions qui ont été commises contre des civils, des écoles ou encore contre des installations de l’ONU. Il faut rappeler qu’elles suivent un blocus total de la bande Gaza qui s’est transformée en une véritable prison à ciel ouvert depuis maintenant plus de deux ans.
Dans notre logique de formation et d’éducation, nous pensons organiser une conférence à Paris au printemps afin de décrypter et de mieux comprendre les principaux enjeux et conséquences de la guerre à Gaza sur les plans politique, diplomatique, humanitaire ou socio-économique.
Quels sont vos objectifs pour la suite ?
Notre objectif premier est de consolider nos domaines d’actions (les stages et les tournées de conférence) afin d’assurer la pérennité et de confirmer le succès du réseau. Nous sommes également en voie de construire un solide réseau européen, en y intégrant un nombre important d’enseignants et d’universitaires. Un projet de création d’une unité internationale de recherche sur le conflit est aussi à l’étude. Enfin, à terme, l’objectif est de pouvoir davantage s’adresser aux mondes politique et économique qui, à nos yeux, sont des acteurs incontournables de la résolution de ce conflit.
Auteur : Marie Deschamps
9 février 2009 à 0 h 24 min
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