Les 8 et 9 avril 2008, les étudiants de Paris I – Sorbonne et Paris II – Assas ont été invités à voter pour l’élection de leurs élus au sein des conseils centraux.
Censé promouvoir la démocratie étudiante et une meilleure coordination entre la politique de l’université et les attentes des usagers, ce scrutin n’a pas su attirer les foules vers les isoloirs. Tandis que l’UNEF a remporté la mise à la Sorbonne, c’est Assas.Net qui tire son épingle du jeu dans l’université éponyme. Mais si l’abstention reste considérable, il n’en demeure pas moins qu’une poignée d’étudiants se montre très active et énergique dans la promotion de ces élections.
Les conseils centraux sont trois organes décisionnels et consultatifs de l’administration dont la direction est assurée par le Président de l’université. Ils regroupent le conseil d’administration (CA), le conseil des études et de la vie universitaire (CEVU), et le conseil scientifique (CS) ; qui comprennent des représentants des étudiants, des professeurs, ainsi que des personnels techniques, administratifs, ouvriers et de service, élus par leurs pairs.
Le CEVU est consulté sur les questions relatives aux enseignements et aux conditions de vie et de travail, et le CA détermine la politique universitaire, vote le budget, adopte le règlement intérieur de l’université et se prononce sur les questions relatives à la politique générale de l’établissement. Ce dernier procède également à l’élection du Président de l’université.
Les attributions de ces conseils sont donc relativement importantes ; néanmoins, le taux de participation des étudiants aux élections indique un certain désintérêt.
Elections dans l’indifférence…
On est bien loin de la participation massive du premier tour des présidentielles. Alors qu’en 2007, les jeunes électeurs s’étaient massivement exprimés pour l’élection du chef de l’État, les isoloirs des facs n’ont pas connu d’afflux d’une grande ampleur. En effet, le taux d’abstention s’élève à près de 89% pour les élections des représentants au CEVU de la Sorbonne, et 86% à Assas. Pour ceux qui ont voté, la motivation peut résider dans la volonté d’être actif au sein de l’université ou encore d’incarner un étudiant-modèle.
Mais c’est en réalité la proximité avec l’une des organisations qui ont fait acte de candidature qui amène les étudiants à se prononcer. D’après Yolande, membre d’Assas.Net, « les organisations sont plus intéressantes que les personnes ; la plupart du temps, je survole les professions de chaque candidat… Faut dire que c’est souvent du blabla. Je préfère le concret ». Le scrutin de liste favorise cette promotion des organisations au détriment des candidats : par leur vote, les étudiants choisissent une orientation pour leur université, et une certaine approche des politiques de leur établissement, plutôt qu’une personnalité en particulier. Les modalités du suffrage pour les élections aux conseils centraux favorisent ainsi le développement d’une pluralité de mouvements, au détriment toutefois de la mise en avant de candidats charismatiques qui déchaîneraient les passions.
Les abstentionnistes, qui correspondent à la vaste majorité des étudiants, ne manifestent pas d’intérêt pour ce scrutin. Et ce n’est même pas la pluie qui les a freinés : Halima, étudiante à Assas armée de son parapluie, prétexte qu’elle « n’a pas le temps, et que de toute façon, ça ne sert à rien ». François, étudiant au centre Tolbiac, déclare pour sa part qu’il ne se sent « pas vraiment concerné par ces élections, d’autant plus qu’elles concernent un centre que je quitterai l’année prochaine ». Ce serait donc l’absence d’enjeux de taille ainsi que l’impression que les organisations élues n’ont pas de pouvoirs réels qui découragent les étudiants. Il importe toutefois de relever que ce taux d’abstention est globalement le même pour toutes les consultations étudiantes, qu’il s’agisse du Centre Régional des Å’uvres Universitaires (CROUS) ou des universités elles-mêmes.
… Et élus en quête de légitimité
Le contraste entre les « tracteurs », qui profitent de la moindre occasion pour répandre et diffuser des prospectus promouvant leurs mouvements, et le reste des étudiants, qui profite de la moindre occasion pour esquiver les premiers, est saisissant. En vérité, les véritables candidats ne sont souvent qu’une minorité dans les organisations étudiantes, qui font parfois appel à de simples sympathisants pour combler les listes. Pourquoi certains sont-ils si motivés ? Ambition ? Soif de pouvoir ? Avantages en nature ? Quête de popularité et de reconnaissance ? Et surtout, quelle peut être la légitimité d’un représentant choisi par une minorité ?
Pour Paul Maillard, le président de la Corpo’ Assas, l’engagement militant s’est développé au contact d’élus qui l’ont amené à considérer que rien ne justifie le monopole des syndicats étudiants dans ce domaine. Sa popularité au sein de la fac s’est certes accrue, mais c’est avant tout lié à son action : « le fait de devenir élu ne change pas directement notre vie au quotidien. Si on fait l’effort d’aller vers les autres, de prendre le temps de demander à un maximum d’étudiant leur avis sur telle ou telle mesure, alors là , oui, les gens commencent à nous reconnaître ». De l’aveu même de l’intéressé, sa position ne constitue même pas un avantage pour conquérir les cÅ“urs de la gente féminine ; toutefois, mentionné sur un curriculum vitae, l’engagement associatif peut s’avérer payant. Quant à l’abstention considérable, il reconnaît qu’elle pose un problème de légitimité pour les élus, mais estime que « la minorité qui choisit de s’intéresser à ces élections reste tout de même représentative », et il préconise le développement du vote électronique ou une session de vote qui s’étalerait sur une semaine complète.
Les résultats du scrutin ont par ailleurs marqué un maintien de l’UNEF à la Sorbonne, et une nette progression de l’association Assas.Net à Assas, la seconde organisation revendiquant une approche plus pragmatique et moins idéologique que la première. Cette disparité entre les deux universités tend à signifier que le dernier mot revient avant tout aux étudiants qui conservent le pouvoir de décider quelle visage ils veulent donner à leur université.
Auteur : Julien Massion
12 mai 2008 Ã 14 h 17 min
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